Le blues de la femme expat : parlons-en !

Chouette, je vais au supermarché !

Toi aussi tu as vécu ce sentiment d’intense liberté et de joie fébrile à l’idée d’aller faire tes courses au supermarché du coin ?

C’est que probablement tu vis en expatriation et que tout n’est pas rose dans ton pays d’accueil.

Le syndrome du supermarché en dit long et exprime bien le blues de la femme expat, notamment de celle qui suit son mari qui, lui, ne va pas au supermarché.

Comme le sujet est encore bien tabou, rappelons 6 faits importants sur l’expatriation du conjoint suiveur histoire de libérer la parole et de se sortir de ce silence coincé derrière un sourire de façade.

 

Crises d’angoisse et insomnie

Quand on arrive dans un nouveau pays, qu’on n’a plus de boulot, qu’on n’a plus de repères, qu’on n’a plus vraiment de raison impérieuse de se lever le matin, on peut vite se trouver déstabilisée.

Habituée à une vie plus trépidante, à retrouver des amis, à vivre sur un pied d’égalité financière avec notre conjoint, on ne comprend pas ce qui nous arrive. Enfin, en fait, si, on le comprend et c’est la douche froide ! On se demande ce qu’on fait là, ce qu’on va faire, ce qu’on vaut et tout un tas de remises en question se bouscule dans notre esprit.

L’angoisse nous étreint et bonjour l’insomnie !

C’est bien normal ! On a cumulé déménagement, parentalité parfois – car très souvent expatriation et maternité marchent ensemble -, changement de statut, autant de changements qui en bousculeraient plus d’une !

Première étape: accepter cet état.

On peut le vivre, on peut le subir, sans culpabiliser, sans le minimiser, sans se dire qu’on n’a pas le droit de le ressentir parce qu’on vit dans un beau pays et que notre situation économique s’en est vue améliorée.

Rappelez-vous l’adage : « l’argent ne fait pas le bonheur. »

C’est vrai, y en a marre des donneurs de leçon qui ne sont jamais partis bien loin et s’autorisent à juger une vie qui n’est pas la leur !

Vous n’êtes pas la seule à vivre cette situation pénible et douloureuse. Croyez-moi.

 

Le deuil d’une part de notre identité

Le travail d’acceptation s’effectue à travers un travail de deuil. Le deuil d’une part de notre identité.

Non pas pour l’oublier, la reléguer au placard, mais pour pouvoir se libérer des regrets et entamer une sorte de renaissance.

A l’étranger, surtout quand on est conjoint suiveur, on ne peut plus faire ce qu’on faisait avant le départ. Nos journées sont différentes. C’est un fait.

Le temps n’est plus le même, il n’a plus la même prise sur nous. On le sent passer. Il devient un adversaire redoutable et parvenir à accepter ce nouvel état de fait nous fournit de bonnes armes pour ne pas le subir.

« Oui, avant j’étais…je faisais…

Aujourd’hui, je ne suis plus…Je ne peux plus…

MAIS… » et là, je dégaine un MAIS positif !?

Un MAIS qui va nous obliger à aller chercher au fond de nous une petite lueur, une étincelle de vie.

Qu’est-ce qui dans ma nouvelle vie pourrait m’apporter du bonheur, être source de joie, même minime ?

Il doit bien y avoir quelque chose. Prenez le temps de fouiller, de sonder. De tester.

Et si rien ne vient tout de suite, ce n’est pas grave. Vous avez mis en marche une machine intérieure et les idées vont bien finir par émerger.

 

J’aime mes enfants mais femme au foyer, très peu pour moi !

Voici un autre ennemi de la femme expatriée : le regard qu’on pose sur les mamans.

« Comment Marie-Françoise, vous n’êtes pas épanouie auprès de vos enfants ? Mais enfin, quelle idée ! Les enfants grandissent si vite et c’est tellement passionnant de les voir évoluer ! »

Bing ! La fameuse carte de la maternité épanouie !

Bang ! L’autre carte de l’éducation positive motivée par le génie indéniable de nos enfants !

Mais de quoi je me mêle ? !

Vous avez le droit de ne pas vouloir passer vos journées auprès de vos enfants.

Vous avez le droit d’avoir des conversations avec des adultes qui tournent autour d’autre chose que de vos enfants !

Vous avez le droit d’avoir envie de sortir, de faire des choses pour vous, de bouquiner tranquille sans avoir à vous préoccuper de vos enfants !

Ça ne fera pas de vous une mère indigne.

Au pire, vous ne rentrerez plus dans certaines cases…et j’ai envie de dire…tant mieux !

Les cases, ce n’est jamais bon.

 

Oui, on peut vivre une dépression en expatriation

Quand on évoque nos passages dépressifs à l’étranger auprès de nos amis, de nos proches, on nous regarde souvent avec un sourire en coin.

« Dépressive ? Mais pourquoi ? Tu n’as pas fait assez de manucures ces derniers temps ?

Les masseuses étaient en grève ?

Mon dieu, il n’y a plus d’alcool à cause de la pandémie ! »

Ça grince sévère et ça nous fait mal. Vraiment mal. Car on réalise qu’on ne peut pas en parler, qu’on n’est pas prise au sérieux.

Je ne rentrerai pas dans les raisons du pourquoi on ne nous prend pas au sérieux, mais j’attire quand même le regard de celles et ceux qui jugent sans connaître.

Ecoutez. Ecoutez celle ou celui qui vous dit qu’elle/il ne va pas bien même si vous imaginez qu’elle/il vit dans une bulle dorée.

Une bulle. Une cage. Un ghetto. Rappelez-vous combien ces termes sont porteurs de négativité et peut-être alors pourrez-vous percevoir le désarroi sincère de la personne qui vous parle et ouvrir un peu plus votre horizon par la même occasion.

Je ferme cette parenthèse et reviens à mes moutons. Noirs.

L’expatriation est une perte de repères, une perte de statut, une plongée dans un monde qu’on n’a pas choisi, pas toujours anticipé. Elle nous happe. Elle nous avale, nous recrache sonnée et advienne que pourra.

On vit des crises d’identité, sans connexion autour de nous, sans savoir vraiment où on est et pourquoi, qui on est, pour finir parfois par penser qu’on n’est plus personne.

Ce sentiment grandit et nous pousse à nous isoler du monde.

C’est vrai : à quoi bon rencontrer des gens si on pense qu’on ne vaut rien, qu’on n’est personne, qu’on n’a rien à dire et à partager à part parler de nos enfants ?

On se considère d’un ennui mortel et on ne voudrait infliger ça à personne. Et puis surtout, on n’a plus la force de voir du monde.

Socialiser demande de l’énergie et de la confiance en soi. Or, si on est en phase dépressive, notre énergie vitale, positive, s’essouffle puis s’estompe. Et sans souffle, la machine ne fonctionne plus.

Être dépressive en expatriation arrive. Cela arrive même souvent. Nombre de psychologues spécialisés dans l’expatriation le confirment : il est beaucoup plus courant de faire un burn-out en expatriation que dans son pays d’origine.

L’exil, le déracinement est quelque chose que l’on minimise quand on le choisit. Par contre, on ne mesure pas assez avant de partir combien il peut nous affecter.

L’enfer, c’est les autres

Huis clos, tu connais ? Des personnes enfermées et obligées de se supporter ?

Bon ben, l’expatriation, ça peut être un peu pareil.

En effet, on décide de partir, ou de suivre, à l’étranger mais on ne choisit pas sur qui on va tomber ou avec qui on va vivre autour de nous. La communauté expatriée se veut certes bienveillante, du moins sur le papier, – ça fait bien la solidarité entre gens du même pays – mais en réalité, quand un groupe de gens vit dans un espace restreint il y a de fortes chances que ça se tape un peu sur les nerfs à un moment donné.

Et puis, vivre en autarcie a ses conséquences. Même espace, même groupe de personnes qui se croisent régulièrement, fréquentent les mêmes lieux…Tout le monde sait tout sur tout le monde. Tous les inconvénients d’un village sauf que nos voisins ne font pas partie de notre histoire, on ne les connaît pas depuis qu’on est gosse. Et franchement, on ne partage pas toujours les mêmes valeurs !

Le microcosme expatrié est donc très souvent artificiel et laisse peu de place à une parole sincère.

Alors oui, il y a le coup de pot : rencontrer des amis, des vrais. Mais d’une, c’est rare, ne nous mentons pas – je ne fais pas partie de ces personnes qui considèrent qu’on est ami au bout de trois verres consommés ensemble – et de deux, cela dure deux, voire trois ans, et ensuite, les amis partent, et là, c’est le vide.

On garde le contact et les amitiés sont sincères et réelles, mais le vide laissé par leur départ est presque insupportable. Une nouvelle fois, nos repères disparaissent, on se sent vulnérables, nus. Il faut recommencer.

Mais a-t-on envie de recommencer ?

 

Le ressentiment

« Bonne journée ! A ce soir !

– Bonne journée…J’t’en foutrai des bonnes journées ! Toi, tu vas t’éclater à ton boulot, rigoler avec tes collègues et découvrir le dernier resto japonais qui vient d’ouvrir, ça va être cool…mais moi ? Je vais faire quoi ? Rien ! Ah, si, je vais aller faire les courses. Youhou. »

Le ressentiment est une chose qu’on peut éprouver en expatriation quand on suit son conjoint et qu’on reste à la maison à tourner en rond.

On a perdu son statut professionnel, son indépendance financière, et même son indépendance tout court, car on ne parle pas la langue du pays et on a presque toujours quelqu’un chez nous pour faire le ménage, s’occuper des enfants (eh oui, dans certains pays, c’est un peu une obligation, il faut créer des emplois). Une copine me disait avoir pleuré de joie la première fois qu’elle avait pu refaire tourner elle-même une machine !

Ne levez pas de sourcil, ne jugez pas s’il vous plaît, cette détresse existe bel et bien et il faut l’entendre, la considérer.

Nous ne sommes pas toutes des Marie-Chantal bien nées à vivre ce mal-être en expatriation. Et c’est d’ailleurs sûrement pour cela qu’on le vit ! On n’a jamais connu ça : cette oisiveté, cet « assistanat ». On n’en veut pas.

Alors quand notre conjoint s’en va vers la liberté promise par une journée de boulot, on devient amère. Et bonjour la vie de couple ensuite ! Pas simple de retrouver l’espace de parole nécessaire pour discuter vraiment des choses qui fâchent, qui blessent, qui manquent.

Chacun s’isole avec sa manière de voir, ses incompréhensions.

 

Alors, on fait quoi ?

On s’accepte. On accepte cet état de malaise, de blues de la femme expat, de dépression si on pense qu’on y est.

On s’accepte et on s’écoute.

Et ensuite, on sort. On ne reste pas seule.

On s’adresse à un professionnel de l’expatriation : psy, coach, … On peut en parler à son ostéo aussi. Petit clin d’oeil, car ils m’ont souvent sauvé la vie, je dois l’avouer.?

Et s’il n’y pas de professionnels autour de moi ?

Tu peux essayer d’en rencontrer un en ligne. Depuis le confinement, cela s’est beaucoup développé.

Autre conseil, mais ce n’est que le mien : identifier les personnes qui te font du bien et savoir dire non aux autres, même si tu passes pour une nana bizarre.

Ne te force pas à aller aux événements mondains si ce n’est pas ta tasse de thé, à t’inscrire aux accueils si tu ne t’y retrouves pas.

Participe aux soirées, aux événements qui te ressemblent, avec lesquels tu es en phase. C’est vraiment important pour ne pas perdre de vue qui tu es et ne pas te laisser envahir par un sentiment de vacuité.

C’est parfois compliqué de trouver dans ce microcosme aux codes bien spécifiques mais pas impossible. Et sinon, pourquoi ne pas l’inventer toi ?

Ressource-toi, prends soin de toi pour retrouver ton énergie et pouvoir te lancer dans des actions qui te parlent et te donnent de la joie.

J’espère que cet article te permettra de te sentir plus légitime dans ton mal-être et que tu t’autoriseras à parler. A sortir de ta réserve. A laisser tomber le masque.

Et n’oublie pas, tout ce que tu ne peux pas dire aux autres parce que tu es polie et bien élevée, tu peux le dire au papier, et crois-moi, ça libère !?

Partage ton expérience en commentaires et libérons la parole autour du blues de la femme expat encore trop tabou !