Créer des personnages crédibles grâce à des émotions qui sonnent juste

Comment exprimer une émotion dans mon texte ?

Comment rendre compte avec précision de ce que peut ressentir un personnage ?

Comment arriver à toucher mon lecteur ?

Dans cet article, je te propose quelques conseils d’écriture qui t’aideront à transmettre des émotions qui sonnent juste.

 

Peur, tristesse, tendresse… nombreuses sont les émotions qui habitent nos personnages dans nos histoires !

Qu’elles soient courtes ou très longues, leur force reposent sur l’émotion qu’on va réussir à faire passer au lecteur.

Alors, comment fait-on ?

 

Utilise tes 5 sens

Les sens jouent un rôle important dans l’écriture. Ils construisent notre monde, ils nous construisent et par conséquent construisent les univers recréés sur la page. Grâce à eux, on étoffe ces univers, on leur donne une forme, on les rend réels. On donne aussi plus de corps, de vie à nos personnages.

Pourquoi ?

Parce que si on se laisse imprégner par nos sens, ce qu’ils évoquent et provoquent en nous, on aura plus de facilité à les offrir à nos  personnages et par conséquent à les rendre plus crédibles.

Par ailleurs, notre plume sera guidée par les émotions provoquées par nos sens et nous trouverons alors les mots justes plus facilement parce qu’on sera connecté à eux.

 Comment les utiliser concrètement ?

Voici 3 méthodes qui fonctionnent bien.

  • Pour utiliser ces 5 sens en écriture, tu peux commencer par faire des listes. Quand on démarre, cela peut aider.

Partir d’un sens, la vue, par exemple, et classer les mots attachés à ce sens par catégorie : verbes, adjectifs, onomatopées, noms, expressions…

Cela te permet de créer un premier réservoir de mots qui te sera utilse lorsque tu passeras à la phase d’écriture.

  • Tu peux aussi partir sur le système des bulles que j’utilise dans mes ateliers et t’ouvrir à des choses plus abstraites, chaque mot trouvé en appelant un autre.

En effet, ce système me permet personnellement d’aller toucher la dimension symbolique d’un personnage par exemple, d’être moins dans le concret qu’avec les listes.

  • Tu peux aussi te mettre en mouvement et partir en balade. Partir à la pêche aux sens, te laisser guider par eux. Soit par thématique, explorer l’auditif par exemple, soit tout mêler. Tu noteras ce qui te vient au cours de cette balade et qui est lié aux sens. Qu’est-ce que tu remarques comme sensation et qu’est-ce que cela provoque en toi? Note tout pour ne pas oublier. Cela te servira au moment de rédiger.

Pour noter, tu peux le faire sur le moment avec ton petit carnet toujours à portée de main, ou bien après la balade.

Si je note sur le moment, j’ai remarqué que je restais plus dans quelque chose de factuel, alors que mettre par écrit en différé me permettait d’être déjà dans l’élaboration d’une pensée, d’une écriture.

A toi donc de voir ce qui te convient le mieux, selon comment tu fonctionnes et tes objectifs.

 

Retour vers le passé

C’est une technique que j’utilise très souvent. Je suis un peu beaucoup nostalgique, c’est peut-être pour ça.😉

Me replonger dans les souvenirs pour me reconnecter à mes émotions, me connecter à des émotions.

Cela m’est très utile pour me rappeler comment j’ai vécu un événement et pouvoir ainsi être plus juste dans mes mots quand j’écris.

Comment je procède?

Personnellement, j’aime bien laisser vagabonder mon esprit.

J’attrape un souvenir et je le fais dérouler. Je ne le lâche pas. Je déroule jusqu’au bout le fil du souvenir.

Je ferme les yeux, ou pas d’ailleurs, et je visualise d’abord le lieu, le décor, les personnes qui étaient avec moi.

Puis je passe aux odeurs, je respire en même temps que  les sensations affluent.  Souvent, à ce moment précis, je ferme les yeux, et je pars.Je m’envole.

Je revis ces instants .

C’est là, en général, que je sors mon crayon et mon carnet et que je commence à noter. Pour plus tard, pour une idée, un personnage.

Comme ça, j’ai une base vraie, un puits d’émotions que je pourrais alors transmettre avec le plus de justesse possible.

Je te donne un exemple concret de comment je remonte le fil du souvenir dans cette vidéo. Jettes-y un oeil!

💡 Si tu as du mal à te relier à un souvenir juste en fermant les yeux, tu peux t’appuyer sur des photos que tu as, ou mieux encore, sur des lettres que tu aurais conservées. Ça marche aussi très très bien !

 

Choisis tes mots avec précision et nuance

La précision pour toucher ton lecteur

Tu es en phase avec les émotions que tu veux offrir à ton lecteur. Ça y est ! Tu les ressens, ta plume vibre et se met à écrire. C’est un premier jet. Laisse couler, ne l’arrête pas. L’émotion sort brute, vraie.A ce stade, pas de filtre, laisse filer les idées.

Ensuite, laisse poser le texte. Sors, va faire un tour. Tu y reviendras plus tard.

Quand tu le reprends, cette fois, relis ton texte comme si tu n’étais pas toi.

Relis-le avec un regard d’aigle j’ai envie de dire !

Traque le mot trop vague et remplace-le par un mot qui traduit mieux l’émotion que tu veux communiquer.

Par exemple :

Tu as écrit :

« Elle était assise sur cette chaise depuis une heure, attendant que la porte s’ouvre et que son père l’appelle pour partir en vadrouille. »

Tu veux dire que ton personnage est impatiente et qu’elle a hâte de voir son père. « Etre assise », ici, ne suffit pas à traduire ce sentiment d’impatience et de joie mélangées que ressent la petite fille.

On pourrait essayer :

« Elle frétillait sur chaise depuis une heure, attendant que la porte s’ouvre et que son père l’appelle pour partir en vadrouille. »

Qu’en penses-tu ?

Tu vois ce que je veux dire par chercher la précision ?

C’est là où tu peux aller fouiller dans ton réservoir de mots , celui que  j’évoque en début d’article!

 

L’art de la nuance

Dans un atelier d’écriture que j’ai suivi il y a quelques années, on nous a dit de ne surtout pas dire au lecteur ce qu’il devait penser, de le laisser imaginer, se faire son idée, interpréter.

Conseil ô combien précieux!…

Mais en vrai, ça veut dire quoi?

En gros, si tu souhaites que ton lecteur doute, par exemple, du comportement d’un de tes personnages que tu es en train de faire évoluer, surtout ne lui dis pas directement:

 » Patrick devenait de plus en plus louche »

mais utilise des mots, des tournures, pourquoi pas des figures de style si tu les manies bien, pour semer des graines dans son esprit, suggérer et l’amener à s’en rendre compte lui-même.

N’arrive pas avec tes gros sabots mais déroule-lui le tapis rouge pour qu’il n’ait plus qu’à gravir les marches.

Mais attention, le lecteur doit quand même gravir les marches !

Je te donne un exemple et pas des moindres puisqu’il s’agit d’un extrait d’un texte de Maupassant qui s’intitule « La peur » que tu peux retrouver dans sa totalité en cliquant ici:

« J’allais tenter encore de les apaiser, quand le chien endormi s’éveilla brusquement et, levant sa tête, tendant le cou, regardant vers le feu de son œil presque éteint, il poussa un de ces lugubres hurlements qui font tressaillir les voyageurs, le soir, dans la campagne. Tous les yeux se portèrent sur lui, il restait maintenant immobile, dressé sur ses pattes comme hanté d’une vision, et il se remit à hurler vers quelque chose d’invisible, d’inconnu, d’affreux sans doute, car tout son poil se hérissait. Le garde, livide, cria : « Il le sent ! il le sent ! il était là quand je l’ai tué. » Et les femmes égarées se mirent, toutes les deux, à hurler avec le chien. »

Tu vois bien que le choix des mots est ultra précis et mésuré.

L’auteur fait monter l’angoisse à travers le personnage du chien. Cela a bien plus d’impact que s’il s’était appuyé sur le gardien ou les femmes de la maison. En effet, Maupassant fait lentement glisser son lecteur vers une dimension fantastique grâce au chien, à cet être hyper sensible capable de percevoir des choses que nous, humains, ne pouvons pas. Il vient donc titiller nos propres peurs, croyances et superstitions sans en dire trop.

 

Comment créer des personnages crédibles grâce à des émotions qui sonnent juste?

Tu as maintenant pas mal de pistes et d’outils à explorer pour réussir à traduire tes émotions le plus justement possible dans tes récits.

  • T’appuyer sur tes 5 sens grâce à 3 techniques différentes. Si tu en as une autre, mets-la en commentaire !
  • Opérer un retour vers le passé pour te reconnecter à tes émotions et t’en servir pour nourrir ton texte.
  • Choisir tes mots avec précision et rester dans la nuance pour amplifier l’émotion tout en laissant le lecteur maître de son interprétation.

 

Dans un autre article, je te dirai en quoi les dialogues peuvent aussi servir à nourrir la puissance d’une émotion.

Mais ça,  c’est une autre histoire !